Vendredi 22 juin 2007

Le Conseil national du sida (CNS) qualifie la circoncision masculine de "modalité discutable de réduction des risques de transmission du virus du sida", dans un avis rendu public hier, jugeant que sa promotion "peut brouiller les messages de prévention existants". 
La circoncision masculine "ne peut être à elle seule un moyen de prévention", relève le CNS, présidé par le Pr Willy Rozenbaum. 
"Il y a un risque sérieux que les gens se considèrent, à tort, totalement protégés du virus et aient moins recours au préservatif", met en garde le CNS, qui juge "surprenant" que l'Organisation mondiale de la santé "ait rendu aussi rapidement des recommandations, tout en insistant sur la nécessité de recherches complémentaires". 

L'OMS et l'ONUSIDA avaient recommandé en mars d'inclure la circoncision, qui permet de réduire la transmission sexuelle du virus du SIDA
(VIH) de la femme à l'homme, dans l'éventail des mesures préventives, surtout dans les régions du monde où le VIH est fortement implanté. 

L'OMS s'était montrée "prudente" dans ses recommandations, "mais c'est le message d'une solution miracle qui a prévalu dans les médias", relève le CNS, qui s'inquiète des "dangers réels" de réduction des efforts de prévention, en raison d'une "communication mal maîtrisée". 
L'OMS s'était appuyée sur les résultats de trois études conduites en Afrique (Kenya, Ouganda et Afrique du Sud), montant que la circoncision divise au moins par deux (-60%) les risques d'infection par VIH. 
"Si la circoncision est sans conteste un élément important de la baisse des risques de transmission du VIH de la femme à l'homme", elle "ne protège pas directement les femmes qui continueront à s'infecter", et "aucune recherche ne démontre qu'elle diminue le risque de transmission dans le cadre de rapports sexuels entre hommes", résume le CNS. 

La circoncision comme moyen de réduction des risques "s'adresse uniquement aux pays à haute prévalence" (surtout si l'usage du préservatif n'y est "pas suffisamment répandu"), et non aux pays où la "prévalence est faible ou ciblée dans une partie de la population comme en France ou aux
Etats-Unis", ajoute le CNS. 
Dans les pays en développement, la circoncision "ne doit pas devenir une solution à moindre coût au détriment des traitements", insiste le CNS. 
Celui-ci pointe aussi le risque de "stigmatisation" des non-circoncis, ou d'un dépistage imposé de manière coercitive. 

Dans les pays où le manque de personnel médical est déjà un frein à l'accès aux traitements, "il semble difficile", souligne le CNS, d'ajouter la "charge supplémentaire qui consisterait à circoncire plusieurs millions de personnes".

par Olivier SIGMAN publié dans : Droit médical
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