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18 questions entre alimentation, logement, transport et  consommation
L'empreinte écologique moyenne d'un Français est de 56 400 m²/an. Et vous?
18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 21:08

L'Espace éthique de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, a le plaisir de vous convier à une rencontre avec le philosophe André Comte-Sponville le mercredi 24 octobre 2007 de 18h30 à 21h au Ministère de la Santé, auditorium Laroque, 14 avenue Duquesne, 75007 Paris.

PROGRAMME:
18h30 Ouverture:
*Emmanuel Hirsch, directeur de l'Espace éthique de l'Ap-HP et du département de recherche en éthique de la Faculté de médecine de l'Université Paris 11
*Sylvia Goni, directeur des affaires médicales, Lundbeck SAS
18h40 Projection du film "Entretien avec André Comte-Sponville" proposé dans le cadre de l'initiative "Alzheimer: penser, accompagner, agir" conçue par Lundbeck SAS (Voir la précédente réunion sur ce thème Alzheimer et la présentation de la Charte Alzheimer, éthique et société)
19h15 Conférence d'André Comte-Sponville suivie d'un débat

« Mon père, à 87 ans, ne me reconnaît plus. Il ne reconnaît plus personne. Cela commença par des troubles de la mémoire immédiate : il oubliait la question qu’il venait de poser, la réponse qu’on venait de lui faire, il reposait la même, l’oubliait aussitôt, la reposait… C’était comme un disque rayé, mais qui tournait encore. Cela amusait les enfants, inquiétait les adultes. Puis les troubles s’accentuèrent, emportant des morceaux de plus en plus importants d’un passé de moins en moins récent. Il se souvenait très bien de son enfance, de sa jeunesse ; mais les derniers mois, voire les dernières années, étaient comme effacés. Les médecins parlèrent de maladie d’Alzheimer, firent les examens d’usage, confirmèrent le diagnostic… Ce que lui en pensait, je ne sais trop. Il avait, il a toujours, une femme admirable, qui le soutenait sans faillir.
Il faisait ce qu’il pouvait, j’imagine, pour la soutenir aussi, pour faire à peu près illusion, tant qu’il le pût, pour ne pas ajouter trop de malheur au malheur. Cela devint pourtant de plus en plus difficile, de plus en plus lourd, de plus en plus triste. Incontinence. Troubles de la parole. Troubles du comportement. Juste assez de conscience pour se rendre compte qu’il en avait de moins en moins, pour se voir partir par morceaux, pour assister vivant à son naufrage. Un jour il cessa de manger, de boire. Il se laissait mourir. Hospitalisation, perfusion, réhydratation… On ne meurt pas comme on veut. Les médecins, qui ne pouvaient le guérir, ne voulaient pas non plus renoncer tout à fait à le soigner. Je ne leur reproche rien. Ils ont fait leur métier, leur devoir peut-être. Qui pouvait le faire à leur place ? Les enfants n’ont pas à décider de la vie de leur père. Et lui ne pouvait plus décider quoi que ce soit. Tout continua, puis empira. Nouvel hôpital, qu’il ne quittera plus. Un jour il me demanda des nouvelles de mon père : il avait oublié que j’étais son fils. Puis du sien, mort il y a quarante ans. Puis il ne demanda plus rien. De moins en moins de mots, puis plus du tout. Souffre-t-il ? Qui peut le savoir ? Peut-être oublie-t-il d’instant en instant
où il est, qui il est, ce qu’il endure. Un malheur qu’on oublie, est-ce encore un malheur ?
« L’esprit c’est la mémoire », disait Saint Augustin avant Bergson, et je ne l’ai jamais mieux compris que dans ce service de gérontologie. Le corps de mon père semble intact : il est resté plutôt bel homme. Mais d’autres, plus vieux ou plus handicapés que lui, sont restés davantage eux-mêmes. C’est qu’ils s’en souviennent. C’est qu’il l’a oublié. Ce que nous sommes, intérieurement, c’est ce que nous nous souvenons avoir été. Penser, c’est se souvenir de ses idées. Aimer, c’est se souvenir de ceux qu’on aime. Faire des projets, attendre, espérer, c’est se souvenir de l’avenir qu’on a, ou qu’on croit avoir. Sentir, même,
c’est se souvenir de ce qu’on sent. La conscience est mémoire ou n’est pas. »

André Comte-Sponville, Psychologies, octbre 1999

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publié par Olivier SIGMAN - dans --> Colloque
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