Lundi 15 janvier 2007

La France est pratiquement en passe d'assurer le renouvellement de ses générations, ayant vraisemblablement atteint en 2006 le seuil symbolique de deux enfants par femme, la plaçant au premier rang dans l'Union européenne.

"Il est tout à fait possible qu'en 2006, on ait eu en France deux enfants par femme", a déclaré François Héran, directeur de l'I.N.E.D (
Institut national d'études démographiques),
confirmant des propos qu'il avait tenus la veille. "Ce serait le record européen, puisque la moyenne européenne est à 1,5", a-t-il ajouté. L'Insee rendra public ce matin l'indice pour 2006, à l'occasion de la parution de son enquête de recensement annuel.

A l'inverse de nombreux pays développés, qui peinent à stopper la chute de leur natalité, la France voit son indicateur de fécondité augmenter et s'approcher du niveau de 2,1 (exactement 2,07), qui permet à chaque génération d'être aussi nombreuse que celle qui l'a précédée. La France a commencé à avait en 1993 son taux de fécondité au plus bas: 1,66. Il a remonté la pente progressivement, jusqu'à atteindre 1,94 en 2005. 
En effet, puisqu'il naît un peu plus de garçons que de filles (105 pour 100) et qu'il faut tenir compte de la mortalité, même minime, des filles avant l'âge de procréer, les Françaises doivent avoir un peu plus que deux enfants pour assurer le remplacement des générations.

"Le fait d'atteindre 2 enfants par femme ne doit pas faire oublier que le solde naturel dont on est très fier actuellement va fondre dans les années qui viennent", compte tenu d'une augmentation prévisible des décès et d'une baisse du nombre des naissances, due à la baisse du nombre de femmes en âge de procréer, prévient encore François Héran. Si la hausse de la fécondité est due pour une large part aux femmes qui se lancent dans la maternité plus tard, "cela risque de ne pas durer", met en garde ce directeur, "compte tenu des limites biologiques" de la maternité.

L'augmentation de la fécondité repose essentiellement sur les comportements des femmes après 30 ans. La tendance à avoir ses enfants toujours plus tard se poursuit. Les femmes qui ont accouché en 2005 avaient en moyenne 30 ans alors que celles qui ont eu un enfant en 1977 avaient un peu plus de 26 ans. C'est le cas un peu partout dans les pays développés, mais en France, les femmes qui n'ont pas eu d'enfant avant 30 ans réussissent à rattraper leur retard et elles le rattrapent de mieux en mieux, affirme le démographe, à la différence de leurs voisines, Allemandes, Italiennes ou Espagnoles, notamment.

"Nous avons une politique de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, qui, pour imparfaite qu'elle soit, fonctionne. Il est vrai qu'on a encore de gros problèmes de garde pendant les trois premières années, mais à partir de 3 ans, l'école maternelle fonctionne, alors que dans de nombreux pays, il n'y a quasiment pas de solution de garde avant 6 ans". 

La poursuite de la hausse de la fécondité va permettre à la France de maintenir un nombre de naissances record, de 807.400 en 2005.
Le solde entre les naissances et les décès (270.000 en 2005) reste très positif en France, à la différence de nombre de pays européens.

par Olivier SIGMAN publié dans : Actualités générales
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