Six pharmaciens et trois médecins interpellés jeudi et vendredi à Paris
et en région parisienne dans une affaire de trafic de médicaments de substitution à l'héroïn SUBUTEX et SKENAN doivent être présentés aujourd'hui devant la juge chargée du
dossier.
Trois autres personnes, suspectées de se
procurer du Subutex mais également du Skénan, un antalgique pouvant entraîner une dépendance, auprès de ces professionnels de la santé avant de les revendre, ont également été
arrêtées.
Au total donc, douze hommes doivent être présentés ce jour à la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geoffroy, du pôle de santé publique du tribunal de Paris,
en vue d'une éventuelle mise en examen et d'un possible placement en détention provisoire pour certains d'entre eux.
Les médecins, originaires du Maroc et de Tunisie pour deux d'entre eux, ont leur cabinet dans le XIXe arrondissement de Paris, à
Villejuif (Val-de-Marne) et à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Selon les premiers éléments de
l'enquête, les praticiens délivraient une ordonnance pour du Subutex ou du Skénan.
Ils fournissaient également une photocopie de fausse attestation de Couverture maladie universelle (CMU) ou d'Aide médicale d'Etat (AME), ce qui donnait droit à la gratuité de la
consultation pour les faux patients, le médecin se faisant payer par la Sécurité sociale, selon cette même source policière.
Les trafiquants se rendaient ensuite dans une pharmacie complaisante et obtenaient le produit sans rien débourser, là aussi grâce aux fausses
attestations CMU ou AME.
L'un des médecins interpellés délivrait plus de 20 ordonnances par jour.
Chez l'un des trois revendeurs présumés, la brigade des stupéfiants de Paris a trouvé plus de 200 plaquettes de Subutex, plus de 100 ordonnances vierges et un très grand nombre de photocopies de fausses attestations de CMU.
Au cabinet de l'un des médecins, les enquêteurs sont tombés sur un
millier de photocopies de fausses attestation de CMU et d'AME.
La pharmacie "la plus active" a ainsi écoulé depuis décembre 12.000 cachets de Subutex pour un préjudice évalué à plus de 250.000 euros pour la caisse d'assurance-maladie.
Selon une source proche du dossier, ce marché fonctionnait depuis 2004 avec plus de 15.000 cachets écoulés en
2005 et plus de 18.000 en 2006, occasionnant un préjudice pour la Sécurité sociale évalué à plus de 500.000 euros.
Le Subutex ou le Skénan étaient soit écoulés soit en France, soit expédiés vers les pays de l'Est ou la Finlande où le Subutex est très
recherché et revendu à la pièce.
Le démantèlement de cette filière a commencé en octobre avec l'arrestation inopinée d'un homme de 35 ans, se disant de nationalité irakienne, en possession de 32 ordonnances pour
du Subutex.
Il avait été mis en examen pour "infraction à la législation sur les substances vénéneuses", "mise en danger de la vie d'autrui", "escroquerie à l'assurance
maladie" et écroué.
Les policiers étaient alors remontés vers un premier médecin généraliste parisien de 65 ans qui rédigeait et vendait des ordonnances en raison de difficultés financières.
Expliquant qu'il n'était qu'un intermédiaire pour le compte d'un tiers, il avait été également mis examen et placé en détention provisoire.
par Olivier SIGMAN
publié dans :
Droit médical
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