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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 12:45

Information et désinformation scientifique : les limites du principe de précaution

conférence inaugurale du master recherche en éthique de l'Université Paris Descartes

- compte-rendu -


Jean-François BACH, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences faisait l'immense honneur d'ouvrir ce master en éthique le 11 janvier 2010. Vous pouvez visualiser cette conférence ici: http://www.medecine.univ-paris5.fr/spip.php?rubrique1061


En voici les principaux points développés.


L'invité de cette séance inaugurale a commencé par rappeler le principe de précaution qui est une stratégie, un ensemble de mesures pour réagir de façon anticipée à la survenue possible d'évènements délétères surtout pour la santé et l'environnement même en l'absence de preuve de risques.

Il souligne immédiatement qu'en médecine, personne n'a attendu le principe de précaution pour appliquer la précaution qui est l'une des bases de l'activité médicale pour assurer la précaution sur la plan thérapeutique et diagnostic avec l'adage primum non nocere.

Si on a l'impression de découvrir le principe, c'est parce qu'il est plus récent pour l'environnement. Les activités humaines amènent plus de problèmes pour l'environnement que par le passé.

La situation devient encore plus complexe lorsqu'elle est légiférée notamment dans la Charte de l'environnement

L'article5 de la Charte n'est pas aussi délétère que la pensée générale ne l'indique.. Il oblige de faire des évaluations lorsqu'il existe des risques graves et irréversibles et mettre en place des mesures provisoires et proportionnées. Le problème se pose dans la définition des termes « graves », « irréversibles », « proportionnés »

Selon l'intervenant, si on applique le principe à l'aveugle, on néglige les conséquences économiques, sociales et psychologiques notamment sur la santé. L'application non raisonnée du principe est un frein à l'innovation. Il faut donc associer le principe de précaution au devoir d'innovation.

Pourquoi est-ce si compliqué: tel est le souci de la communication entre les scientifiques et le public. Le progrès scientifique peut faire craindre des effets délétères. Comment communiquer au grand public et au pouvoir politique? La solution logique consisterait en l'état de la situation, de la discussion du bien-fondé de l'inquiétude, des conséquences néfastes.

Les scientifiques communiquent peu: peu d'émission télévisuelles, quelques radiophoniques, un peu plus dans la presse écrite et internet avec le biais d'informations non contrôlées.

Des médias sont de qualité avec du talent mais certains ne sont pas dans la responsabilité de l'abstraction car recherchent le scoop.

Quand les informations sont biaisées par les médias et les associations militantes, la conviction l'emporte sur l'impartialité.

Lorsque le pouvoir politique va dans le sens de l'inquiétude de la population, il augmente encore ce sentiment.


Le secrétaire perpétuel prend un exemple illustrant le militantisme mal compris: l'appel de Paris du 7 mai 2004 dans lequel il est indiqué que la pollution chimique est à l'origine de cancers, maladies respiratoires, anomalies congénitales, dégénérative et déficit immunitaire et constitue une menace grave pour l'enfant et la survie de l'Homme.

Si le nombre de cancers a bien augmenté entre 1960 et 2002, la population a également augmenté et le nombre de cas pour 100 000 personnes est passé de 211,7 à 246,1. Les experts ne sont pas assez pédagogues et sont parfois accusés de conflits d'intérêt (l'invité souligne que les experts doivent déclarer les intérêts qu'ils ont mais que ce sont ces derniers qui connaissent le mieux les sujets car impliqués au quotidien)

Jean-François Bach se prononce sur le syllogisme qui est souvent proposé: la pollution augmente, le nombre de cancers augmente donc la pollution est la cause de cancers. Cependant, il démontre à l'aide de méta-analyses qu'il n'y a pas d'augmentation du nombre de cancer à âge égal. Il ne met pas en cause par contre des facteurs tels que l'alcool, le tabac, l'obésité et l'absence d'activité physique dans l'augmentation des cancers.

Il admet que des produits chimiques toxiques sont bien à l'origine de cancers principalement dans les maladies professionnelles. Des cas sont répertoriés avec des pronostics sévères comme l'amiante. Il n'y a pas assez de prise en considération des maladies professionnelles car les médias ne s'y intéressent pas outre mesure.

Il indique que 40% des cancers ne sont pas expliqués alors qu'entre 3 à 5% sont d'origine génétiques et 35% sont dus à l'environnement.

La notion de hasard est également mise en avant (Einstein disait que « le hasard est le nom que prend Dieu quand il veut rester anonyme »)


L'affirmation gratuite du lien entre l'augmentation de la pollution et de l'asthme est également analysée par Jean-François BACH.

L'augmentation de l'apparition de l'asthme dans les pays occidentaux est avérée mais elle n'est pas plus grande en ville qu'à la campagne alors que le niveau de pollution n'est pas le même dans ces deux milieux. Il prend également l'exemple de l'Allemagne de l'Ouest (plus riche) et de l'Est (plus pollué) avant la réunification. Il y avait plus d'asthme à l'Ouest pourtant. Toutes les maladies autoimmunes ont augmenté, idem pour le diabète de type 1 insulino-dépendant pour les enfants de moins de 2 ans. Pour cette maladie, une étude avait été réalisée chez des pakistanais migrants en Grande-Bretagne où ils développaient alors ce diabète.

Les inflammations sont aussi en rapport avec le PIB. Il est prouvé que l'eczéma des nourrissons augmente en fonction du revenu des parents.


Les médecins et le public sont désinformés et cela complique l'information scientifique.

Divers aspects de la désinformation scientifique sont ensuite développés: les radiofréquences et les OGM.

Concernant les radiofréquences, il a été dit qu'elles étaient à l'origine d'effet des radicaux libres, de génotoxicité, d'apoptose des cellules cérébrales, d'effets carcinogènes, d'induction des déficits immunitaires et sécretion de mélatonine. L'AFSSET a démontré qu'il n'y a pas de preuves de risque sur la santé pour les téléphones portables et encore moins pour les antennes relais où l'émission électromagnétique est plus faibles que celle des téléphones. 11 études se sont penchées sur les ondes mais aucune n'a été validée et confirmée (reproduite). Si on applique le principe de précaution, cela reviendrait également à interdire les voitures. On accepte le principe lorsqu'il ne gêne pas.

Pour les OGM, l'intervenant indique les bienfaits potentiels par l'utilisation moindre des pesticides. Existe-il un risque pour la santé? La seule chose identifiée est l'allergie. Tous comme ceux issus d'une nouvelle synthèse, des aliments même du bout du monde ne sont pas connus. Certains aliments sont présentés à des enfants de 4 ou 5 ans avec les mêmes antigènes que les transgènes des OGM. Mais il nous est révélé que le répertoire immunologique ne nécessite pas la rencontre avec les antigènes car tous les lymphocytes ont les récepteurs pour tous les antigènes même pour des antigènes synthétiques.

L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence. Des millions de personnes consomment des OGM et le problème ne se pose qu'en Europe, pas aux Etats-Unis. Les effets secondaires sont imprévisibles. Il faudrait réaliser un suivi des populations ayant consommé des OGM mais les milliers de sujets ont des variabilités; ce qui reviendrait très cher pour peu de probabilité.


Sur les vaccins, le secrétaire perpétuel commence par poser le principe de la force de la rumeur où les informations diffusées sont mal contrôlées, relayées et diffusées et augmentent l'inquiétude. Il ne faut pas oublier que les vaccins constituent la plus grande avancée du XXème Siècle avec la réduction voir disparition de certaines maladies comme la dipthérie, la poliomyélite, la tuberculose, la coqueluche même si certains vaccins sont peu efficaces (celui contre la grippe est insuffisamment efficace chez 20 à 25% des personnes âgées). Il existe des effets secondaires mais une analyse sereine est nécessaire. Sur les maladies infectieuses liées aux vaccins, le problème est différent entre le vaccin du BCG qui est vivant et atténué et celui de la grippe A/H1N1 qui est tué et ne peut donc entraîner l'apparition de cette grippe. Sur les effets proinflammatoires de l'adjuvant, Jean-François BACH nous dévoile que nous avons chacun eu une dizaine de vaccins depuis notre enfance, tous avec des adjuvants et que le vaccin de la grippe A/H1N1 a le même adjuvant que le vaccin contre les papillomavirus. Les exemples de conséquences sont le rhumatisme articulaire aigu et le syndrome de Guillain-Barré


Pour la vaccination contre l'hépatite B, il a été observé une trentaine de cas de sclérose en plaques quelques semaines après la vaccination sur les 10 à 20 millions de personnes vaccinées. Existe-t-il une même incidence chez les personnes non vaccinées? Une étude parue dans le New England Journal of Medecine a fait part de l'absence de lien dans une grande cohorte même s'il existe bien une similitude de 5 acides aminés entre le vaccin contre l'hépatite B et la myéline. Il faut analyser l'avantage théorique par rapport aux conséquences délétères du principe. Le Haut Conseil pour la santé publique déclare que l'hépatite B est un problème de santé publique et recommande toujours la vaccination. Libération titrait que le risque était non nul quand Le Figaro titrait que les experts étaient rassurants.


Si la communication n'est pas bonne, les médias mal informés, l'information que les femmes enceintes et les nourrissons devaient se faire vacciner sans adjuvant a fait craindre à ceux devant se faire vacciner avec adjuvant qu'ils courraient un risque et les a incités à ne pas se faire vacciner. L'épidémie peut revenir plus grave. La désaffection pour un vaccin a, par le passé, eu des conséquences graves. En Angleterre, la coqueluche disparaissant, la vaccination fut arrêtée et la maladie est réapparue. La mauvaise information a des conséquences graves sur les programmes vaccinaux.

Le Pr. Jean-François BACH conclut sur le fait que si l'information est une démarche intelligente et utile, beaucoup restent démunis face à l'information et les médias ont leurs limites.


 

Olivier SIGMAN,

juriste en santé,

Université Paris Descartes

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publié par Olivier SIGMAN - dans --> Colloque
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